16 septembre 2009 CINQUANTE ANS DEJA

Le terrible tournant de l’allocution du 16 septembre 1959 a déjà fait couler quelques litres d’encre, en livres et articles. Ce jour-là, quinze mois seulement après la tournée triomphale du Sauveur en Algérie, le Guide jetait le masque et annonçait l’autodétermination. Près de trois années passeraient encore, sans doute les plus terribles, où le sang et les larmes couleraient en abondance, au long desquelles il obtiendrait au prix de combien de morts inutiles des soldats de France une victoire militaire gaspillée, continuerait à berner Harkis et Civils musulmans fidèles et ruserait avec les Pieds-noirs avant de leur porter l’estocade fatale, le tout avec la bénédiction d’un peuple français veule et intoxiqué.

Après avoir rappelé que Ferhat Abbas ne s’y était pas trompé lorsqu’il écrivait dans Le mystère De Gaulle, son choix pour l’Algérie, publié chez R. Laffont, « Dans la guerre d’Algérie, le 16 septembre 1959 marque une date historique… Le problème est virtuellement réglé », nous nous arrêterons aujourd’hui sur l’éditorial de Jean Daniel, paru dans le Nouvel Obs. du 17/23 septembre, et particulièrement sur sa conclusion :
« De Gaulle a abandonné les Harkis ; c’est son crime – et le nôtre. Tantôt par ambiguïté, tantôt par omission, il a menti aux Français d’Algérie et surtout à certains militaires : c’est sa faute. Mais il a toujours souhaité une émancipation des Algériens qui se ferait en association avec la France pendant une dizaine d’années. Il a échoué. En fait, à la fin, il atout simplement décidé de délivrer la France de l’Algérie. Il était le seul à pouvoir le faire. »

Pour sévère que puisse paraître l’ensemble du jugement, Jean Daniel que nous retrouvons sans plaisir, avec ses « bons » sentiments et ses analyses ambigües, se trompe toujours. Corrigeons tout d’abord l’inconvenant « et surtout à certains » militaires, relevons aussi le subtil distinguo « abandon » et « mensonge », « crime » et « faute »… Nous constatons ainsi que le prétendu pêché originel  poursuit toujours notre moraliste refoulé qui persiste à battre sa coulpe pied-noire, sans vouloir comprendre que l’abandon, fruit de la haine inextinguible que le guide nous portait, visait indistinctement les deux communautés et que le crime du 26 mars, rue d’Isly à Alger, a été le fait de la seule troupe française et a précédé le refus d’assistance qui a culminé le 5 juillet à Oran et perduré plusieurs mois…
Quant à l’échec, certes patent, il ne se limite pas à une négociation humiliante et bâclée avec le seul FLN ni à une émancipation, d’ailleurs ratée, en association avec la France. Jean Daniel conclut en effet sur le seul succès dont il crédite ouvertement le « Guide », celui d’une France enfin délivrée de l’Algérie…
Jean Daniel, « l’analyste subtil », se fourvoie à nouveau: il aurait dû préciser qu’il s’agissait d’un succès à la Pyrrhus. Il faut être aveugle – ou se voiler la face – pour oser avancer aujourd’hui le mythe d’une France délivrée de l’Algérie. Le seul résultat, tangible hélas, est celui d’une Algérie « délivrée » de la France. Une seule question demeurerait, si le constat sans appel des flux migratoires n’y apportait depuis longtemps une réponse brutale et négative, les Algériens se sentent-ils, eux,  « délivrés » de la France?

Yves Sainsot

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