Le Point :  » Quand l’Algérie était française »

Le Point a diffusé le 22 mai un numéro spécial « Quand l’Algérie était française ».

Sous ce titre racoleur auquel était joint un DVD au demeurant excellent, se dissimulait une série d’articles, signés François Malye, ouvertement hostiles ou, pire encore, parfaitement venimeux.

Voici les termes de nos courriers.

 

Association Nationale des Français d’Afrique du Nord, d’outre-Mer et de leurs Amis

(A.N.F.A.N.O.M.A.) 70 avenue de la Grande Armée 75017 PARIS  Tél 0145740991

Paris, le 24 mai 2008

Monsieur François MALYE

Envoyé Spécial

Le Point

74 avenue du Maine

75682 PARIS

 Monsieur,

J’ai pris connaissance de votre article Sétif, Guelma, Kherrata 8 mai 1945, d’ « épouvantables massacres », dans Le Point du 22 mai 2008. Je ne doute pas que votre analyse vous apporte un abondant courrier. Je vous écris pour ma part au titre de la première association de Français rapatriés d’Afrique du Nord, constituée dès 1956 au retour des Français du Maroc et de Tunisie et qui, en 1962, a concouru à l’accueil des Français d’Algérie.

Votre introduction sur Sétif, à elle seule, m’effare : à vous en croire il s’agirait d’un incident qui aurait dégénéré, le drapeau arraché à un manifestant par un policier … des tirs claquent, la foule reflue… A la sortie de la ville, des gendarmes en barrage « ouvrent aussitôt le feu », les manifestants reviennent vers le centre et « s’en prennent cette fois aux européens qu’ils rencontrent ». Ils se vengent, quoi, c’est bien normal… Où avez-vous pris vos informations ? Comment pourriez-vous ignorer la préparation d’un plan de soulèvement en différents points du territoire, l’existence du « taxi » messager ?..

Quant aux déclarations de votre témoin, Mohamed Chafaï, elles commencent bien, par la description des boulevards où « un trottoir était réservé aux musulmans, l’autre aux européens ». Le mythe de l’apartheid a de beaux jours devant lui ! (Ils sont décidément gentils, ces Algériens, qui accueillent à bras ouvert, en dépit de telles humiliations supposées, ces Pieds-noirs qui retournent parfois en pèlerinage ! Sur la fraternité réelle, je vous conseille de voir le film de l’Algérien Jean-Pierre Lledo, « Algérie, histoires à ne pas dire »). Quant à la conclusion tirée par votre témoin, décidément en verve, elle serait risible si le sujet s’y prêtait : « je vous ai donné dix ans de paix » avait déclaré le général Duval, « nous avons tenu à respecter ce délai et neuf ans et demi plus tard… nous avons lancé l’insurrection ».

Je sais que rien n’ébranlera vos options et vos convictions et si je prends la peine de vous écrire, c’est seulement pour vous dire que je me fais une toute autre idée du métier de journaliste et le peu d’estime que m’inspire votre « tarte à la crème ». Il est vrai que M Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, vous avait tracé la voie par des déclarations aussi officielles que déplacées (le projet « Euro-Méditerranée » vaut bien une couleuvre).

L’Algérie que j’ai eu la chance de connaître tout au long de mon adolescence ignorait « la peur au ventre », la haine que vous décrivez. Cette Algérie, vous ne la connaîtrez jamais. Je vous plains…

Sachez, Monsieur, qu’en soufflant sur les braises, vous attisez les haines, peut-être là-bas mais aussi sûrement ici et que nos banlieues n’en ont nul besoin. Je n’aurai pas l’hypocrisie de vous saluer.

Yves Sainsot  Président

P.S. Quant à « Une Vendée musulmane », article signé de vos initiales, il est de la même veine, cousu d’atrocités à sens unique… Vous mettez toutefois le doigt sur une vérité de tous les temps : la formation des états et des nations, comme tout enfantement, s’est toujours opérée dans la souffrance… Mais au fait, la conquête arabe en Algérie s’est-elle accomplie autrement, la fleur au sabre ? Le sort tragique de la Kahina vous aurait-il échappé ?

Copie pour information : M Franz-Olivier Giesbert

 

Association Nationale des Français d’Afrique du Nord, d’outre-Mer et de leurs Amis
(A.N.F.A.N.O.M.A.) 70 avenue de la Grande Armée 75017 PARIS  Tél 0145740991

Paris, le 24 mai 2008

Monsieur Franz Olivier GIESBERT

Directeur du « Point »

74 avenue du Maine

75682 PARIS

Monsieur,

J’ai pris connaissance de votre numéro du 22 mai 2008, « Souvenir de la Saga Pied –noir » auquel était joint l’excellent DVD que j’ai pris plaisir à visionner.

Il n’en a pas été de même, je vous l’avoue, du contenu de la revue et notamment des articles « Une Vendée musulmane » et « Sétif, Guelma, Kherrata 8 mai 1945 ». Je vous prie de trouver ci-jointe copie du courrier que j’adresse à François MALYE, au nom de la première association de Français rapatriés d’Afrique du Nord, constituée dès 1956 au retour des Français du Maroc et de Tunisie et qui, en 1962, a concouru à l’accueil des Français d’Algérie.

J’ajouterai que le dossier « Quand l’Algérie était française », moins ouvertement tendancieux contient sa part de fiel, notamment au niveau des illustrations : c’est ainsi que l’on peut voir, Pages 74 et 75, un colon (manifestement aisé, sans doute de ceux que la petite histoire a étiquetés « aux gants jaunes ») donnant une soirée mondaine et son aide agricole qui « lui, vit dans une maison prêtée par son patron ». Si l’intérieur de cette maison semble bien équipée, la précision « prêtée par son patron » vient vite corriger le tir. Rentré d’Algérie en 1962 et installé en Normandie, terre d’agriculture et d’élevage, je peux vous assurer que les « ouvriers agricoles » étaient traités de façon bien moins confortable par leur « maîtres et commettants »… Page 80, le choix de la photo représentant la jeunesse dorée , rue Michelet à Alger, n’est guère moins innocent ; enfin, comme par hasard les illustrations de mai 1945 montrent, en page 84, une bonne douzaine d’Européens  qualifiés de « miliciens de Guelma » (j’ai discerné trois fusils tenus par des hommes en apparence calme, à l’expression grave) ; le commentaire ajoute « les massacres dureront près de deux mois », ce qui est totalement faux… Enfin, page 88, s’étale un militaire français contemplant un musulman abattu et la légende est « patrouille de militaires français dans la casbah d’Alger pendant la bataille d’Alger »… Nulle part la moindre image de victime européenne…

Pour en revenir à Guelma enfin, bourg de 16000 habitants dont 4500 européens, situé à une soixantaine de Kms de Bône, votre envoyé spécial semble ignorer que les émeutes ont déjà frappé les villages environnants de Petit, Millésimo, Héliopolis faisant seize victimes affreusement abattues. Le défilé du 8 mai, a été boudé par les invités musulmans ; il est suivi dans la soirée d’une manifestation de 1500 personnes brandissant des pancartes et chantant des chants nationalistes. Dès le 9, des bandes de plusieurs milliers d’émeutiers entourent la cité. Une garde nationale (le terme de « milice » n’est bien entendu nullement innocent !) est levée, 200 hommes la composent auxquels 67 fusils sont remis par le commandant d’armes. Si de telles dispositions n’avaient été prises, le pire était à craindre… La garde civique sera relevée dès le 11 mai par 300 tirailleurs, partis ensuite sur Constantine. Brutalité indéniable dans la répression, certes mais horreur innommable dans l’agression…

La réalité est sensiblement plus nuancée que le récit, ou plutôt du pamphlet, de votre envoyé spécial.

Il me serait agréable de recevoir quelques explications.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur général, l’expression de ma considération distinguée.

Yves Sainsot

Président

Copie pour information : Courrier à M François Malye

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